| GREGORY
BATESON
Anthropologue anglais (1904-1980).
Sa quête des fondements d’une philosophie
naturelle le conduira à s’intéresser
aux disciplines les plus diverses: biologies, anthropologie,
psychiatrie, éthologie, communication, sémantique
… Il est considéré comme l’un
des piliers de l’école de Palo Alto.
Dès ses premières recherches sur le
terrain, Bateson révèle ses préoccupations
épistémologiques; loin de se limiter
à expliquer les phénomènes qu’il
observe, il cherche à comprendre la nature
du processus de l’explication et part à
la découverte des prémisses qui gouvernent
les activités des hommes de science.
Réfugié aux Etats-Unis pendant la deuxième
guerre mondiale, il participe aux rencontres interdisciplinaires
(conférences Macy) qui vont donner naissance
à la cybernétique, science de la communication
et du contrôle. C’est une révélation
pour Bateson qui va, dès lors, s’atteler
à appliquer les concepts cybernétiques
et systémiques aux sciences de l’homme.
Il aborde les questions de communication et de relations
humaines sous un angle entièrement nouveau.
Abandonnant la métaphore énergétique,
base des théories freudiennes – et selon
lui inadéquate pour rendre compte des caractéristiques
essentielles des phénomènes vivants
– il va participer très activement à
l’élaboration d’un modèle
explicatif très différent dont la pierre
angulaire est la notion d’information («
la différence que fait la différence
»), particule élémentaire »
des phénomènes interactionnels, des
échanges entre les individus. À partir
des mécanismes de traitement, de codage, de
structuration et d’évolution des informations,
il cherche à établir un nouveau cadre
conceptuel pour les sciences de l’homme.
C’est dans un hôpital psychiatrique près
de Palo Alto que Bateson va mettre à l’épreuve
ses nouveaux outils méthodologiques. Transposant
la Théorie des types logiques de B.Russel et
A. Whitehead au domaine de la psychiatrie, il montre
que dans les échanges interpersonnels, certains
messages peuvent en qualifier d’autres et sont
donc d’un ordre d’abstraction supérieur.
Mécanisme formel à la base de la poésie,
de l’humour, du jeu, etc., la confusion de ces
niveaux peut également engendrer des paradoxes
aux effets pragmatiques dévastateurs pour ceux
qui y sont soumis. C’est là la base de
sa théorie de la double contrainte (double
mind) qui propose une vision systémique de
la maladie mentale, considérée comme
un moyen d’adaptation à une structuration
pathologique des échanges au sein de la cellule
familiale; cette hypothèse va changer fondamentalement
la perspective thérapeutique classique et contribuer
au développement de la thérapie familiale.
Mais Bateson ne s’intéresse pas vraiment
aux applications thérapeutiques de ses recherches
sur la communication. Sa quête est plus générale
: c’est toute l’organisation du réseau
de communication qui relie l’homme à
son environnement qui l’intéresse. C’est
cela qu’il appelle « esprit » (mind)
ou processus mental, que l’on retrouve à
l’œuvre chez l’homme, mais aussi
chez l’animal et même dans les grands
écosystèmes, les forêts et les
plages,… Il cherche « la structure qui
relie » à la fois les phénomènes
naturels et notre façon de les concevoir.
La quête de Bateson était celle de l’
« intelligence naturelle », d’une
philosophie reflétant l’unité
sacrée de la nature et de la pensée.
Les conclusions de ses travaux le conduiront à
attribuer la grande crise écologique de notre
époque à l’interférence
de nos buts conscients avec les régulations
naturelles qui assurent la co-évolution harmonieuse
de tous les êtres vivants de la nature dont
nous faisons partie.
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