A propos de la supervision…
(Dialogues extraits d’un
«intensif» à Liège)
Question : tu évoques souvent l’importance des supervisions, peux-tu développer un peu ?
Jean-Jacques : oui, je pense qu’il faudrait les rendre obligatoires ! Je plaisante, mais je crois que la démarche qui consiste à soumettre son travail au regard d’un collègue ou d’un formateur me paraît essentielle pour tout qui pratique la relation d’aide. Qu’il s’agisse de psychiatres, de psychologues ou de psychothérapeutes, de travailleurs sociaux, de managers, de coaches, de formateurs, et même… de superviseurs !
C’est un moyen de régulation nécessaire si on veut éviter la sclérose, le ronron, les tracas, pour découvrir et corriger ses faiblesses ou ses travers, pour soulager les tensions engendrées par les «cas» difficiles. C’est aussi un moyen de rencontrer d’autres professionnels, d’échanger sur les pratiques, donc de rompre l’isolement professionnel auxquels nous sommes bien souvent confronté et qui conduit au doute et au découragement, voire à la déprime… Sans rire, l’usure guette chacun d’entre nous et je pourrais dire que la supervision est le meilleur remède préventif au burn out ; c’est le prozac naturel des intervenants psycho-sociaux !
Je vois… L’intérêt ne se limite donc pas à une augmentation des compétences techniques…
Non, effectivement, l’apport le plus important n’est sans doute pas une question de contenu technique. Bien sûr, il arrive à chacun d’entre nous d’être confronté à une situation difficile, à un cas rebelle — si pas pour tout le monde, en tout cas pour nous, et c’est ce qui compte ! On a le sentiment de tourner en rond, le client ou le patient s’impatiente, on redouble d’efforts,… bref, on s’enlise dans des tentatives de solution qu’un superviseur peut nous permettre de cerner et de dépasser rapidement. La thérapie brève au secours des thérapeutes brefs, en quelque sorte !
L’essentiel n’est pas au niveau du contenu…
En fait, le superviseur doit toujours se situer à deux niveaux : il doit pouvoir donner des pistes pour résoudre le problème, le «cas», mais il doit surtout comprendre où le thérapeute ou l’intervenant est bloqué : quel est le problème de l’intervenant ? Si on fait partie d’un groupe de supervision ou si l’on voit régulièrement le même superviseur, celui-ci peut donc voir apparaître des tendances des thérapeutes, des travers qui le conduisent régulièrement à des impasses face à certains types de problèmes ou de patients, par exemple.
C’est une sorte de «travail sur soi» alors…
Si on veut, oui, on peut dire ça. Un façon concrète, alors, bien dans l’esprit de la thérapie brève où on s’occupe de régler ce qui ne va pas, et non de conduire la personne vers une analyse réflexive — et, à mon sens, souvent réductrice — de sa propre personnalité. La supervision suivie permet, en effet, au thérapeute ou à l’intervenant de trouver des solutions relationnelles nouvelles, donc d’acquérir plus de souplesse, une plus large acceptation des «réalités» de ses patients, … On devient meilleur intervenant ou thérapeute et on en tire aussi un grand profit personnel. On fait de deux pierres un coup, comme dit Teresa…
Tu as parlé de «sclérose», peux-tu préciser ?
Oui, une forme de sclérose à la fois méthodologique et technique qui guette tout intervenant isolé. Quand on est isolé, on a tendance à se rigidifier, à reproduire des façons de faire, des «trucs». C’est économique et rassurant, du moins pendant un certain temps. On n’est plus stimulé par la diversité, les redondances se renforcent, on connaît les choses qui marchent, on évite les terrains où on est moins à l’aise, bref, on commence à creuser des autoroutes et on perd le plaisir de la découverte des chemins de traverse. Cela appauvrit nos pratiques. D’ailleurs, les enseignants et les formateurs sont soumis au même phénomène : on finit par donner des cours super rodés mais qui deviennent de plus en plus des caricatures de la complexité de la vie. A force d’épuration, ils en deviennent presque abstraits, un «idéal» sans plus de rapport direct avec le terrain.
Aller en supervision, c’est remettre la pensée en action, c’est se laisser interpeller par des questions «embarrassantes», c’est être obligé d’abandonner des certitudes ; on se remet dans le processus de la vie, on peut évoluer…
Cette remise en question n’est-elle pas insécurisante ?
Je pense que c’est plutôt le contraire. C’est une question de niveaux, comme dirait Patrice : comme c’est souvent le cas dans les affaires humaines, c’est le courage d’oser la remise en question de notre travail, de nos idées, qui nous permet d’acquérir la confiance, la sécurité personnelle nécessaire pour aider efficacement nos patients. Dans l’esprit «afficher plutôt que cacher», reconnaître ses faiblesses ponctuelles est le signe d’une personne qui cherche à s’améliorer.
S’exposer pour se protéger… ? Un beau paradoxe !
Cela me fait penser aux deux modes de protection des systèmes face à des agressions extérieures : soit les systèmes essaient d’empêcher les informations extérieures de pénétrer en construisant des barrières, des carapaces, des blindages,…, soit ils apprennent l’art de la contre-attaque, de l’anticipation, de la régulation dynamique. Pour se protéger des agressions extérieures, l’homme a une peau, un crâne solide, comme la tortue a une carapace, mais il a aussi un cerveau qui lui permet (enfin dans le meilleur des cas, je ne parle pas du cas particulier de Georges Bush) d’être «intelligent», c’est-à-dire de percevoir et de réagir aux agressions externes en les neutralisant, en les contournant, voire même en les évitant par anticipation.
Je ne crois pas que la cuirasse soit un mode de protection approprié pour l’intervenant ou le thérapeute parce qu’elle le forcerait à se couper de la relation avec le patient. Au contraire, la supervision lui permet de développer différents modes de réaction, de diversifier ses interventions, de soulager ses tensions, d’augmenter sa souplesse adaptative, comme dirait le petit Gregory. Après, il sait résoudre plus de difficultés, prend ainsi confiance en ses capacités et devient donc plus sûr de lui : les régulations par feed-backs permettent un meilleur calibrage.
Alors, la supervision comme remède au «burn out»…
Préventif, oui ! Pour paraphraser John Weakland : pour le thérapeute, la vie professionnelle est une suite de difficultés à résoudre ; il est confronté à un problème lorsque les patients reviennent avec la même demande encore et encore. On lui soumet des situations bloquées, effrayantes, touchantes, insoutenables parfois, irritantes aussi (certains patients peuvent avoir fait des apprentissages relationnels particuliers et placent l’intervenant dans des doubles contraintes ou lui adressent des messages difficiles à décoder) et son travail consiste à y réagir de façon à permettre à ses patients de trouver des solutions. Normalement, les thérapies, comme chaque séance d’ailleurs, ont un début, un déroulement et une fin. Quand le processus se déroule bien, l’esprit du thérapeute est libre lorsque la séance est finie, il ne doit pas y penser en dehors des séances. Mais il arrive que celles-ci ne se déroulent pas de cette façon «coulée» : on n’arrive pas à capter sa position, on n’a pas bien perçu le problème, on n’arrive pas à faire en sorte que le patient fasse les tâches, que sais-je… ? C’est alors qu’on commence à se tracasser : on y pense pendant les autres séances, dans son lit,… Et tout cela commence à interférer avec la vie privée : on doute de soi, on se demande ce qu’on fait à passer sa vie à s’occuper des problèmes des autres, on rêve d’un havre de paix, d’une bergerie en Ardèche, d’un bateau en Corse,… Alors, il est grand temps d’aller voir son superviseur sinon c’est le thérapeute qu’on devra consulter !
Supervision individuelle ou de groupe ?
Les deux formules sont intéressantes. Je dis souvent aux jeunes thérapeutes qui hésitent à se lancer («suis-je suffisamment formé(e) ?») — ou qui se demandent tellement ce qu’ils valent qu’ils n’osent presque pas demander d’argent à leurs patients — je leur suggère donc de commencer dès qu’ils ont envie de le faire mais de consacrer l’essentiel de leurs rentrées financières aux supervisions ! C’est un gage de sérieux pour le thérapeute et de sécurité pour les patients. La supervision individuelle — dont le coût est plus élevé — permet un travail plus profond, plus centré sur la personne du thérapeute ; elle me paraît incontournable. Mais, comme je l’ai déjà dit, la supervision de groupe permet non seulement d’avoir accès à un grand nombre de situations mais également de retrouver une dynamique intellectuelle constructive grâce aux interactions avec les collègues. On découvre d’autres points de vue, on échange des idées, des attitudes, des émotions, du plaisir… et ce n’est pas le moindre de ses intérêts ! On sort de l’isolement, on partage, et, si c’est très agréable à deux, ça peut être très excitant à plusieurs ! Le système d’un groupe de supervision qui se réunit régulièrement offre ces diverses possibilités : lorsque les rendez-vous avec le superviseur sont programmés, on peut garder l’esprit libre même si on est confronté à des situations difficiles, on se dit : «OK, j’en parlerai avec mon superviseur dans 10 jours» — et on range l’information dans le tiroir «à voir avec mon superviseur» pendant que notre esprit retrouve ainsi sa sérénité. De plus, en écoutant les difficultés des autres, on arrive mieux à identifier les nôtres.
Les supervisions organisées par l’IGB
1. Supervisions individuelles.
Actuellement, vous pouvez déjà
bénéficier de supervisions individuelles
à Liège, Paris et Toulouse. Vous
avez également la possibilité
de réunir quelques personnes (groupe
de 4 maximum) et contacter les différents
formateurs de l’IGB pour déterminer
des dates et des heures de rencontres.
Ces supervisions peuvent concerner des difficultés
cliniques mais également des situations
de coaching, d’interventions sociales
ou en entreprises.
Veuillez contacter Virginie
Olivieri pour prendre rendez-vous sur Liège
et Paris et Claude
Duterme pour prendre rendez-vous sur Toulouse.
2. Supervisions d’équipe.
Les formateurs de l’IGB peuvent également
effectuer des supervisions d’équipe
de travail, tant dans les locaux de l’IGB
que dans les institutions. Vous pouvez contacter
Catherine
Santschi pour plus d'informations.
3. Supervisions de groupe.
Dès la rentrée, des groupes de
supervision réguliers seront organisés
dans chacune des villes précitées.
Au rythme d’une réunion de 3heures
par mois environ, chaque personne intéressée
pourra se joindre au groupe après avoir
suivi la formation
de base de l'IGB.
LIEGE
supervision individuelle:
prix: 65 € / personne
prix étudiants IGB: 50 € / personne
supervision
de groupe (Module 9) - module de 3h
dates
prix
:
80€ / personne
inscription
PARIS
supervision individuelle
prix: 90 € / heure par personne
prix étudiants IGB: 70 € / heure par personne
supervision
de groupe (Module 9) - module de 3h
dates
prix
:
100€ / personne
inscription
TOULOUSE
(supervisions gérées par Claude Duterme pour les inscriptions et les informations)
supervision individuelle
prix:
70 € HT / heure par personne
supervision de groupe - module de 4h
3 à 6 personnes:
30 € HT / heure par personne
|